Au détour d’un chemin bordé d’arbres et traversé par un petit cours d’eau, Rolleville abrite un lieu discret mais profondément ancré dans l’histoire locale : la fontaine et la chapelle Sainte-Clotilde. Aujourd’hui paisible, cet endroit fut pendant des siècles un important lieu de pèlerinage en Normandie.
Un culte très ancien autour d’une source
Selon plusieurs sources historiques, dont l’ouvrage Rolleville, des origines à nos jours du curé Gilbert Decultot, la fontaine de Sainte-Clotilde pourrait avoir des origines bien plus anciennes que le christianisme.
L’abbé Cochet évoquait déjà l’hypothèse selon laquelle cette source faisait partie des fontaines vénérées dans l’Antiquité. Le culte des sources, très répandu dans les traditions celtiques et druidiques, consistait à attribuer à certaines eaux des vertus purificatrices ou guérisseuses.
Au fil des siècles, ces pratiques furent progressivement intégrées dans la tradition chrétienne, et la source de Rolleville fut placée sous la protection de Sainte Clotilde, reine des Francs et épouse de Clovis.
Un pèlerinage très populaire
Pendant longtemps, le pèlerinage de Sainte-Clotilde attirait chaque année une foule importante, notamment au mois de juin.
Les témoignages rapportent l’arrivée de pèlerins venus parfois de loin : paysans, familles, malades ou infirmes espérant trouver guérison ou réconfort. Beaucoup se rendaient jusqu’à la fontaine, où certains se lavaient les plaies, d’autres buvaient l’eau, soutenus par leur foi.
La veille de la fête, une véritable procession descendait vers la fontaine miraculeuse. Des chants et des prières accompagnaient la bénédiction de l’eau, avant que les fidèles ne viennent tour à tour se recueillir.
Le lendemain, de nombreux visiteurs arrivaient encore depuis Le Havre, Sainte-Adresse, Bléville ou Fécamp.
Un lieu vivant jusque dans le XIXe siècle
Ce pèlerinage était aussi un moment de rassemblement populaire. Comme souvent dans les lieux de dévotion, la fête religieuse s’accompagnait d’une véritable foire locale appelée « l’Assemblée ».
Face à l’affluence, un terrain fut même offert en 1868 afin de créer une place publique pour accueillir cette manifestation.
Avec le temps, la fréquentation du pèlerinage s’est progressivement estompée, mais le site reste aujourd’hui un témoignage précieux des traditions religieuses et populaires de la région.
Un patrimoine discret à redécouvrir
Aujourd’hui, le promeneur qui traverse ce petit vallon découvre un lieu calme et verdoyant où l’eau de la source continue de couler doucement.
Entre la chapelle, les traces de dévotion laissées par les visiteurs et le paysage naturel environnant, le site conserve une atmosphère particulière, presque hors du temps.
En s’arrêtant quelques instants près de la fontaine, il n’est pas difficile d’imaginer les pèlerins qui, pendant des siècles, sont venus ici chercher espoir, guérison ou réconfort.
Un patrimoine discret mais profondément ancré dans l’histoire locale, qui rappelle combien les croyances, les traditions et la vie quotidienne des habitants ont longtemps été intimement liées.
Un lieu chargé de mémoire, qui mérite encore aujourd’hui d’être redécouvert au détour d’une promenade.
Texte et Photos : Muriel Roy