Un blog dédié à la culture, au patrimoine et au devoir de mémoire de la Pointe de Caux. Découvertes locales, artistes ,lieux emblématiques...
24 Février 2026
Il faut d’abord lever les yeux.
Les voûtes du réfectoire gothique s’élèvent avec cette gravité douce propre à l’abbaye de Montivilliers. Puis le regard redescend et rencontre le métal.
Jusqu’au 22 mars 2026, l’exposition “Natures Forgées” réunit les œuvres de Nadine Ledru et Émilie Martin. Deux femmes, deux pratiques, une même tension : faire surgir du métal une présence vivante.
Chez Nadine Ledru, le fer n’est pas massif.
Il s’étire, se déploie, s’ouvre.
Des silhouettes féminines aux ailes larges semblent retenir l’air. Des arbres aux branches fines se penchent comme pour protéger. La matière est travaillée avec exigence, mais ce qui domine, c’est l’élan.
On oublie le poids du métal.
On voit la ligne.
On sent le geste.
Dans cet espace médiéval, ces figures ne cherchent pas à s’imposer. Elles occupent le lieu avec une présence calme, presque intérieure.
À quelques pas, dans les vitrines, le travail d’orfèvrerie d’Émilie Martin révèle une autre approche.
Feuilles gravées, bijoux délicatement martelés, surfaces dorées captant la lumière : ici, le végétal se glisse dans le détail. La précision est extrême, mais jamais froide.
On comprend le temps nécessaire.
La patience.
La répétition du geste.
Le métal devient surface sensible. Il garde la trace de la main.
“Natures Forgées” ne juxtapose pas deux univers : elle les met en tension.
D’un côté, des sculptures verticales, presque telluriques.
De l’autre, des pièces intimes, portées à même le corps.
Toutes racontent quelque chose du féminin, non pas comme un thème décoratif, mais comme une énergie : celle de la transformation, de la résistance, de la transmission.
Dans le réfectoire gothique, la lumière souligne les reliefs, allonge les ombres, accroche les dorures. Le lieu devient caisse de résonance. Il amplifie la délicatesse autant que la puissance.
On ne traverse pas cette exposition rapidement.
On s’approche.
On contourne une sculpture.
On observe la finesse d’une nervure gravée.
Le métal, travaillé à la main, porte en lui une mémoire du geste. Et dans ce lieu chargé d’histoire, cette mémoire contemporaine trouve naturellement sa place.
Réfectoire gothique – Abbaye de Montivilliers
Jusqu’au 22 mars 2026
Du mercredi au dimanche, de 14h à 17h
Entrée libre
Texte et photos : Muriel Roy – Culture et Patrimoine en Pointe de Caux