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8 Novembre 2025
Caricaturiste, auteur de bandes dessinées et éternel amoureux du trait juste, Jak Lemonnier sera l’un des invités du prochain Festival Bulles en Baie de Seine. Rencontre, chez lui, avec un artiste passionné, drôle, et profondément attaché à cette région où il a tant dessiné.
Dans la lumière douce de sa cuisine, entouré de ses albums colorés, Jak sourit. Le regard vif derrière ses lunettes, il replonge volontiers dans ses souvenirs d’enfant tombé amoureux de la bande dessinée.
« Je suis né en 1958, et le premier Astérix est sorti en 1961. Ma mère les achetait tous. J’ai grandi avec Goscinny et Uderzo », raconte-t-il avec tendresse.
Astérix, Lucky Luke, Gotlib, Pilote… tout un monde s’ouvre alors à lui. À 7 ou 8 ans, il sait déjà qu’il sera dessinateur. « Je voulais faire Walt Disney ! » confie-t-il en riant. Et à 14 ans, la révélation : Gotlib et sa Rubrique-à-brac. « C’était une explosion. Je me suis dit : si on peut faire ça en BD, c’est ça que je veux faire. »
De l’enfant rêveur au professionnel reconnu, le trait s’est affermi.
Jak suit des cours de dessin à Rouen, fréquente les Beaux-Arts du Havre, publie sa première BD à 17 ans dans un fanzine local et n’a jamais cessé depuis.
Sous les noms de Jak, Jak Lemonnier ou Jacobsen, il a signé plus d’une trentaine d’albums aux styles multiples : du réalisme poétique à la BD jeunesse (Léo et Lu, La bande à Ed, Robinson), en passant par la BD érotique, plus graphique et introspective.
« J’ai plusieurs styles, explique-t-il. Mais toujours la même envie : raconter. »
L’un de ses premiers souvenirs de dessinateur est une histoire savoureuse.
Son père, maire de Franqueville-Saint-Pierre de 1964 à 1981, lui demande un jour une affiche pour dénoncer un curé un peu trop proche de la caisse paroissiale.
Jak n’a que 17 ans et signe une caricature irrévérencieuse : le curé, nommé Levillain, glisse vers l’enfer, aiguillonné par deux diablotins goguenards.
« J’étais fier ! L’affiche a été collée partout dans le village ! » se souvient-il en ressortant l’original sur papier calque.
Un dessin provocateur, mais déjà empreint de justesse et d’humour : la marque de fabrique du futur caricaturiste.
Quand il parle de caricature, Jak s’anime :
« Ce qui m’inspire, c’est tout. Un visage, c’est un paysage. L’important, c’est la ressemblance. Je ne déforme pas pour le plaisir de déformer. Je veux que la personne se reconnaisse. »
Pour lui, le dessin est avant tout un regard, une manière d’observer.
« Dessiner, c’est regarder. Si tu sais voir, tu sais dessiner. »
Au fil des années, Jak a multiplié les collaborations et les univers.
De la tendresse malicieuse de Léo et Lu, à l’humour décalé de La bande à Ed ou la poésie de Robinson, ses héros reflètent toujours une part de lui.
« Mon personnage fétiche, c’est Robinson. Je me retrouve un peu dans ses deux personnages principaux. »
Auteur prolifique, il prépare actuellement un nouvel album, en collaboration avec l’acteur Adda Abdelli et le scénariste Georges Grard, autour du handicap et du cinéma.
« Je dessine tous les jours. Il n’y a pas un jour sans dessin. C’est ma respiration. »
Présent à Gainneville pour la première édition du festival, Jak se réjouit de retrouver le public.
« On sentait qu’un événement comme celui-là manquait dans la région. C’est un vrai plaisir de rencontrer les familles, de revoir des enfants devenus adultes qui reviennent avec les leurs. »
Le jour du festival, il proposera des caricatures en noir et blanc, au feutre, et dédicacera ses albums.
Toujours fidèle à son credo : la ressemblance, le sourire et la bonne humeur.
Avant de refermer son carnet de croquis, Jak réfléchit quelques secondes à ce qu’il aimerait que les visiteurs retiennent de leur passage à son stand.
« Que je suis sympa ! » lâche-t-il dans un éclat de rire.
Et pour décrire le festival en trois mots, il résume avec simplicité :
« Fenêtre, espoir et réussite. »
Note de l’auteure :
Merci à Jak de m’avoir accueillie chez lui, pour sa gentillesse, sa disponibilité… et le café, qui était excellent ! Un vrai moment de partage, comme on les aime.
Jak Lemonnier a publié plus d’une trentaine d’albums sous plusieurs signatures : Jak, Jak Lemonnier et Jacobsen.
Son univers est riche, varié et toujours empreint d’humour et d’humanité.
Quelques titres marquants :
Antoine et la poubelle (1999)
Léo et Lu – série emblématique (2001-2025)
La Bande à Ed (2006-2024)
Robinson (trilogie, 2003-2010)
Touba (2003-2009)
Les Cheminotes (2009)
D’un Renoir à l’autre (Jak Lemonnier / scénario Eddy Simon)
Sparte, chien guide – Souriez, vous êtes guidés (2015)
Le Petit Livre des handicaps (2019)
Sous le pseudonyme Jacobsen, il a également signé 22 albums de bandes dessinées érotiques, réalisés à la plume et à l’encre, en noir et blanc.
Texte et Photos : Muriel Roy / Culture et Patrimoine en Pointe de Caux